Serviettes hygiéniques lavables : entre solution écologique et défi pour les communautés sans accès à l’eau

Dans un contexte mondial de prise de conscience environnementale et de lutte contre les déchets plastiques, les serviettes hygiéniques lavables gagnent du terrain. Présentées comme une alternative durable et économique aux protections jetables, elles séduisent de plus en plus de femmes soucieuses de leur santé et de l’environnement. Pourtant, cette solution dite « verte » soulève de sérieuses interrogations, notamment dans les zones où l’accès à l’eau reste limité ou problématique.

Une alternative qui n’est pas universelle

Les serviettes hygiéniques lavables sont souvent fabriquées à base de coton ou de tissus absorbants et imperméables réutilisables. Leur usage permettrait de réduire considérablement les déchets plastiques et chimiques associés aux serviettes jetables. En moyenne, une femme utilise jusqu’à 10 000 protections au cours de sa vie — un chiffre vertigineux en termes d’impact environnemental.

Cependant, dans les communautés pauvres ou rurales, notamment en Afrique subsaharienne, cette solution présente des limites majeures. L’entretien des serviettes lavables nécessite un accès régulier à de l’eau propre, du savon, et un espace hygiénique pour les faire sécher. Or, dans beaucoup de régions, les femmes doivent parcourir plusieurs kilomètres pour accéder à l’eau potable, souvent en quantité insuffisante même pour les besoins quotidiens.

Introduire des serviettes lavables dans ces contextes, sans infrastructures adéquates, revient à imposer une charge supplémentaire aux femmes, tant sur le plan logistique que sanitaire. Le risque d’infections ou de mauvaise hygiène est réel si les serviettes ne sont pas correctement lavées et séchées au soleil, ce qui n’est pas toujours possible selon les saisons ou les normes culturelles de discrétion autour des menstruations.

La santé des femmes face aux choix limités

Si les protections jetables contiennent souvent des substances nocives (pesticides dans le coton, parfums, agents blanchissants), les lavables ne sont pas une panacée tant que leur usage repose sur des conditions idéales difficilement réunies dans les zones défavorisées. Ce dilemme souligne un fait central : les femmes ne devraient pas avoir à choisir entre leur santé, leur dignité menstruelle et leur environnement.

Il est donc urgent d’encourager le développement et la mise à disposition de protections menstruelles sûres, abordables et adaptées aux réalités locales. Des solutions telles que les serviettes compostables ou biodégradables, fabriquées à partir de fibres végétales (comme la banane, le bambou ou le jute), émergent dans certains pays. Elles offrent une double réponse : une réduction de l’empreinte écologique et une facilité d’usage sans dépendance excessive à l’eau.

Pour une justice menstruelle réellement inclusive

Promouvoir une gestion menstruelle durable ne peut se faire sans une lecture critique des inégalités sociales et environnementales. Les politiques de santé publique et les programmes d’éducation menstruelle doivent tenir compte de la diversité des contextes, et cesser de présenter des solutions uniques comme universelles.

Il est aussi crucial d’impliquer les communautés locales, en particulier les femmes elles-mêmes, dans la conception et la mise en œuvre des innovations hygiéniques. Le véritable progrès ne réside pas dans la simple substitution d’un produit par un autre, mais dans la création de conditions permettant à toutes les femmes, quel que soit leur lieu de vie, d’avoir accès à des protections saines, dignes et respectueuses de leur environnement.

Les serviettes lavables ne sont pas une mauvaise idée en soi, mais elles ne peuvent être imposées comme solution miracle dans des environnements où le manque d’eau et d’infrastructures constitue un défi quotidien. À l’heure de l’écoféminisme et des urgences climatiques, il faut plutôt œuvrer à développer des alternatives réellement inclusives : dénuées de produits toxiques, biodégradables et surtout, adaptées à la vie réelle des femmes.

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